Nouveau délit massif dans le monde de la cryptomonnaie. Samedi 22 novembre, en fin de journée, une livraison en apparence banale s'est transformée en cauchemar pour un habitant de San Francisco. Un homme se faisant passer pour un livreur a pénétré dans sa maison, demandant une signature pour réception de colis. Une fois à l'intérieur, le suspect aurait sorti une arme à feu, ligoté sa victime avec du ruban adhésif et exigé l'accès à 11 millions de dollars (9,5 millions d'euros) d'actifs crypto. Le voleur s'est ensuite volatilisé sans laisser la moindre trace.
Si les piratages d'actifs numériques sont monnaie courante en ligne, les intrusions à domicile inquiètent les autorités. Cet épisode américain est le dernier exemple en date de ce que les spécialistes appellent désormais les «$5 Wrench Attacks», littéralement les attaques à la clé à molette à 5 dollars. Un phénomène qui fait les choux gras de la presse américaine, comme le précise Gizmodo. Elles tirent leur nom d'un scénario simple: il suffit à l'agresseur de posséder une clé à molette pour forcer la personne à révéler ses clés de cryptomonnaie, misant sur la violence et la peur.
La victime de San Francisco est malheureusement loin d'être la seule. Jameson Lopp, directeur de la sécurité de Casa –une entreprise proposant des services de sécurisation pour les monnaies virtuelles– constate une nette recrudescence des attaques ciblant les détenteurs de cryptos, en particulier des enlèvements, des cambriolages et des séquestrations. Une enquête menée par l'université de Cambridge met en lumière la diversité des groupes d'agresseurs: organisations criminelles, amis ou même membres de la famille agissent selon des méthodes allant du chantage au recours à la violence physique, voire même dans certains cas au meurtre.
Les jetons numériques sont du pain bénit pour les voleurs: contrairement aux monnaies fiduciaires, les cryptomonnaies se transfèrent en un instant, de manière irréversible. Les cambriolages ne concernent pas uniquement la société américaine: partout dans le monde, les malfrats agissent, de manière plus ou moins organisée.
Au Canada, une famille a vécu un calvaire de treize heures, ligotée et battue par des imposteurs déguisés en facteurs –avec, à la clé, le vol de 2 millions de dollars (environ 1,7 million d'euros) d'actifs numériques. Même son de cloche au Royaume-Uni, où des promeneurs se sont fait attaquer par des individus masqués, leur extirpant une Rolex et l'équivalent d'1,25 million d'euros en cryptos.
En France, les criminels s'en prennent aussi aux grands noms de la monnaie virtuelle. En janvier, le cofondateur de la plateforme Ledger a été kidnappé et torturé, les ravisseurs réclamant une rançon en cryptomonnaies. Les affaires similaires se sont multipliées ces derniers mois. En mai, les images d'une tentative d'enlèvement dans le XIe arrondissement de Paris ont fait le tour des réseaux sociaux. On y voit la fille et le petit-fils du PDG d'une société de cryptomonnaie sur le point de se faire embarquer de force dans une fourgonnette.
Chez Casa, on répond par la sécurité. L'entreprise propose des coffres-forts nécessitant plusieurs signatures, de façon à répartir les clés entre différents gardiens et réduire les risques d'attaque à la clé à molette. D'autres plateformes comme Coinbase ou iShares Bitcoin Trust prennent en charge la sécurité des transferts. Un service qui séduit de nombreux adeptes des jetons numériques, mais qui va à l'encontre de l'essence même du Bitcoin: s'émanciper totalement des intermédiaires financiers. En troquant leur autonomie contre un surcroît de sécurité, les détenteurs de cryptos retrouvent une certaine tranquillité d'esprit, mais ne trahissent-ils pas le mouvement?
2025-12-02T21:28:46Z